"Le Palmier pour les nuls"
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Le palmier est-il un arbre?
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On distingue deux grandes classes de plantes à fleurs (angiosperme) : les dicotylédones (comprenant entre autres les rosacées, les légumineuses, les composées, les cactées, etc ...) et les monocotylédones (les principales familles de cette classe étant les graminées, les liliacées, les orchidacées et les arécacées [palmiers]). Les palmiers, à l'instar des plantes dicotylédones, n'ont pas de croissance dite secondaire : les feuilles nouvelles apparaissent une à une uniquement à partir du coeur de la plante. Ce sont les monocotylédones, contrairement aux dicotylédones (dont les arbres) qui croissent par couches successives de bourgeonnement en périphérie du tronc et des tiges. Théoriquement le stipe des palmiers, une fois apparu, ne connaît plus de croissance périphérique et d'épaississement de ses tissus. Théoriquement, car dans la réalité certains palmiers ont une croissance de leur stipe avec l'âge, même une fois la croissance en hauteur active : palmiers de "type bouteille", croissent par augmentation du nombre de canaux de sève alimentant le bourgeon (et non par développement concentrique) comme par exemple Jubaea, Hyophorbe, Roystonea, Gastrococos,... Parfois, La base des stipes âgés augmente de volume, mais ceci est dû à l'apparition perpétuelle de racines adventives (Phoenix canariensis, Brahea armata,...) . Un peu de lexique : on appelle aussi le rachis la partie en prolongement du pétiole jusqu'à l'extrémité de la feuille. Le pétiole, lui, est la partie qui n'est pas garnie de folioles et qui relie la feuille au stipe. |
![]() Image d'Archontophoenix Alexandrae |
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Chez certaines espèces, les premières folioles à la base du rachis peuvent être plus petites, rigides et piquantes (Phoenix). D'autres ont le pétiole pourvu d'aiguilles plus ou moins longues jusqu'au stipe et parfois sur le stipe lui même (Rhapidophyllum, Trithrinax, Aïphanes, Acanthophoenix, ...).
Les épines du stipes sont en fait des fibres de la gaine foliaire sclérifiée.
D'autres palmiers ont des épines acérées sur les pétioles (Livistona, Chamaerops, Brahae, Butia, ...), parfois aussi grandes et tranchantes que des dents de requin (Whashingtonia,...). Mais il existe aussi des genres de palmiers dépourvus d'aiguille ou d'épine (Trachycarpus, Syagrus, Dypsis,...)
Chez certains palmiers, la base du pétiole enrobe, dans le prolongement du stipe, le coeur du palmier au-dessus de leur ancrage sur le stipe appelé gaine foliaire. (Archontophoenix, Hyophorbe, Areca, Dictyosperma, Pseudophoenix, ...) l'ensemble des gaines foliaires formant le manchon. Le bourgeon terminal, qui est en fait la dernière feuille sortie ou en train de sortir, est appelé la lance du palmier. Les folioles de ces jeunes feuilles sont encore plaquées le long du rachis formant une tige sortant tout droit du coeur du palmier, comme une lance, d'où son nom... |
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Les feuilles des palmiers sont des feuilles composées (constituées de folioles).
Il existe deux grandes classes de feuilles chez les palmiers : les pennées (Phoenix, Jubaea, Dypsis, Chamaedorea,...) et les palmées (Washingtonia, Brahea, Livistona,...). Parmi les feuilles pennées on trouve aussi parfois des feuilles bipennées (doublement pennées) c'est-à-dire où chaque foliole est individuellement pennée (Caryota). Au stade plantulaire ces feuilles sont pennées puis elles deviennent bipennées. Certaines feuilles ont des folioles de forme particulière : triangulaire (Caryota, Aïphanes, wallichia). On les appelle feuilles à "queue de poisson". La feuille "palmée" se dit des limbes foliaires dont les nervures principales et les folioles rayonnent à partir du sommet du pétiole (Trachycarpus, Livistona, Bismarkia,...). Les feuilles palmées pour lesquelles le pétiole se prolonge en rachis dans la feuille sont appelées costapalmées (Pritchardia, Sabal,...). Parmi les feuilles pennées, palmées ou costapalmées on trouve des feuilles à limbe indivisé ou partiellement divisé (Verschaffeltia, Phoenicophorium, Pritchardia, Washingtonia, Licuala...) |
- Pritchardia Hillebrandii : feuilles palmées et sa lance -(Photo www.rarepalmseeds.com) |
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Comme indiqué au début de cette page, les palmiers sont des plantes à fleurs : des angiosperme.
La grande majorité sont à fleurs unisexuées. Certaines espèces ont des fleurs mâles et femelles sur le même plant, ce sont des monoïques (Butia, Brahae, Jubaea,...)
et d'autres sur des plants séparés, ce sont les dioïques (Phoenix, Trachycarpus, Chamaerops, Rhapidophyllum...). Il arrive parfois - mais en de très rares occasions - que des espèces normalement dioïques, deviennent polygames
certaines floraisons (Chamaerops, Trachycarpus). Les fruits des palmiers sont variables en taille, forme et couleur. La taille d'un fruit de Sabal Minor est de l'ordre de quelques millimètres ; celui du Lodoicea Maldivica - le fameux coco fesse - est de la taille d'un ballon de basket ! Certains fruits sont comestibles (Dattes du Phoenix dactylifera), d'autres présentant des cristaux d'oxalates de calcium qui peuvent être responsables de brûlures et d'irritations, sont dangereux (Caryota, Arenga, Chamaedorea, Hyophorbe,...). Chez certaines espèces c'est l'amande du fruit, c'est à dire la graine ou son lait qui est comestible (Noix du Cocos nucifera, Jubaea chilensis,...) |
La multiplication
Il existe peu de méthodes de multiplication des palmiers. La première façon d'obtenir des palmiers est le semis de graines. La deuxième est la séparation de rejets (drageons) chez certaines espèces cespiteuses. Certains de ces rejets apparaissent directement sur le stipe à l'air libre (origine des troncs dichotomiques) il est alors possible de pratiquer le marcottage. Des techniques scientifiques permettent aussi in vitro de multiplier des palmiers en isolant dans des conditions artificielles des tissus végétaux en croissance dits totipotents (Cellules ayant la faculté de reproduire la plante originelle si elles sont placées dans des conditions particulières et isolées). Cette méthode en quelque sorte de "clonage" reste, de part sa complexité, réservée aux scientifiques et aux industriels.|
La germination des graines est donc la méthode de multiplication la plus utilisée par les palmophiles amateurs.
La difficulté est très variable selon les espèces, les genres et est fonction de nombreux facteurs : L'un des facteurs les plus importants est la viabilité de la graine. La fraîcheur des graines influence énormément sur le taux de réussite des germinations (tous les palmophiles ont eu des taux de réussite plus importants sur leur propre récolte de fruits que sur les lots de graines achetés dans le commerce ou sur le net). Cette viabilité du germe est fonction aussi des espèces. Les graines des Phoenix par exemple, restent viables plusieurs mois voire années. Idem la noix de coco peut ainsi flotter en mer plus de deux ans, tout en gardant sa faculté de germination. à l'inverse certaines graines sont viables que quelques semaines (Latania) . Pour certaines espèces tropicales les graines placées à des températures inférieures à 20°C ou 25°C ou dans des atmosphères trop sèches, perdent leur viabilité de germination. Le deuxième facteur important est la température de germination : là aussi très variables selon les genres et les espèces. De manière générale la température nécessaire est de 28° à 30°C. Les espèces tropicales de climat chaud et humide ont besoin en général de 30° à 35°C et d'une forte hygrométrie pour germer ! Le temps d'exposition à la température théorique est aussi un facteur à prendre en compte : ainsi le palmier à huile (Elaeis guinensis) a besoin d'environ 80 jours à 38°-40°C. Le Caryota mitis, lui, a besoin de 28 jours à 35°C. Le Veitchia merrillii n'a besoin que de quelques jours à 26°C-28°C mais d'une forte hygrométrie. Certaines espèces peuvent germer dès 24°-26°C (Butia, Sabal,...). Curieusement chez d'autres palmiers, trop de chaleur est néfaste à la germination ! Exemple, les Trachycarpus germent très bien à température ambiante 20°-24°C, mais des températures plus élevées peuvent entraîner la mort du germe. |
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Mais d'autres facteurs aussi entrent en jeu : l'hygrométrie, les substrats utilisés, la lumière (certaines graines ne germent pas à la lumière et ont besoin d'obscurité, d'autres germent facilement à la lumière du jour, parfois directement sur le palmier mère (Nypa) ), etc ...
Les pré-traitements peuvent aussi inter-agir sur le processus de germination : lavage, brossage des graines (certains fruits de palmiers ont une chair inhibitrice de germination. Il est donc indispensable de laver la graine de ces espèces pour qu'elle puisse germer.) ;
le pré-trempage des graines parfois peut réduire le temps d'exposition aux températures et aux conditions nécessaires pour la germination (germination plus rapide). Ce pré-trempage est plutôt conseillé si les graines sont très sèches ou moins fraîches.
Pour les espèces originaires des zones tempérées à saison froide marquée, il semblerait qu'une période d'hibernation soit bénéfique à la germination (il est donc possible de placer quelques jours les graines au réfrigérateur avant le semis : le choc thermique favorisera la germination). Difficile donc d'établir un tableau des conditions idéales et / ou nécessaires à la germination, et ce, pour toutes les espèces. Mais il serait intéressant de faire une synthèse pour les espèces les plus courantes ( y a t-il des volontaires ? :-) |
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Quoi qu'il en soit, il arrive aussi que certaines graines soient stériles : elles ne sont pas viables - aussi fraîches soient-elles - pour multiples raisons ( malformation, absence d'embryon, absence ou carence de matière nutritive, ...). Au niveau de la germination, on considère généralement qu'il existe deux types de germination des graines de palmiers : les germinations dites adjacentes et les germinations à retardement (remote germination en anglais). Chez la première catégorie de germination, les graines au niveau de l'embryon développent de manière latérale la gaine cotylédonaire. Une première radicule se développe dans le prolongement. Puis le bourgeon de la première plumule apparaît vers le haut à l'opposé du bourgeon de la première racine adventive. Après une, deux ou plusieurs plumules, la première feuille appelée eophylle sort. Dans ce type de germination, les parties racinaires et aériennes se développent quasiment en simultané autour de la gaine cotylédonaire située au niveau de la graine. |
- Adonidia merrillii : processus de germination dite "adjacente" (Photo Palmae) |
Trachycarpus martianus & Sabal maritima processus de germination dite "à retardement" (Photo Palmae) |
Pour la germination à retardement, la gaine cotylédonaire suivie de la radicule plongent dans le sol, parfois très profondément ( plus d'un mètre pour le Lodoicea Maldivica...). Ce n'est que dans une deuxième phase qu'apparaît le bourgeon du ou des plumules poussant vers le haut.
Pour ce type de germination, il faut bien connaître la profondeur nécessaire à la graine pour germer et développer son eophylle et ainsi choisir les pots en conséquence. Pour les Phoenix, c'est de l'ordre de un ou deux centimètres ; pour le Bismarkia nobilis, il faut bien compter une profondeur de pot d'environ 50 cm !
Dans leurs premières années, les palmiers ont une croissance très lente (certes variable selon les espèces et genres). Au stade plantulaire l'évolution du palmier est surtout au niveau des feuilles : il faut de quelques mois à quelques années pour voir apparaître une nouvelle feuille ayant la forme définitive caractérisant l'espèce. Vient ensuite la croissance au niveau de la base du futur stipe. Lorsque celui-ci à atteint son diamètre définitif, la croissance en hauteur prend alors le dessus. Ainsi il faut par exemple un siècle pour que le Brahea armata atteigne 10m dont 1/2 siècle pour les tout premiers mètres de stipe uniquement. Pour que le stipe du Jubaea chilensis forme une véritable base il faut au moins 15 à 20 ans, sa croissance s'accélérant par la suite jusqu'à ce qu'il atteigne sa taille définitive : 15m à 20m de haut... |
La rusticité
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On estime aujourd'hui que la famille des palmiers compte environ 2600 ~ 2800 espèces dans 190 ~ 200 genres.
L'une des données qui saute aux yeux des amateurs de palmiers est la forte concentration de genres résistants au froid
dans la sous-famille Coryphoideae.
Effectivement une donnée très importante avant de choisir un palmier pour son jardin est de connaître sa rusticité théorique.
Cette température est "théorique", car il est très difficile de la connaître avec précision voire impossible : trop de paramètres sont à prendre en compte.
l'âge du palmier, sa santé, le climat, son exposition, le sol,... Entre en compte aussi la durée de froid (souvent plus importante que l'intensité elle-même), l'humidité (les palmiers
en général n'aiment pas trop les froids humides), l'arrivée brutale du froid (un palmier encore en croissance sera plus vulnérable qu'un palmier au repos - Le Rhapidophyllum hystrix semble être l'un des rares palmiers à continuer sa croissance même sous un épais manteau neigeux [ rusticité : -20° ~ -25°C ]),...
Attention, la rusticité des palmiers est donnée pour des sujets déjà adultes et sains ! |
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carte européenne des zones de rusticité récupérée sur www.passionflow.co.uk |
Le ministère de l'agriculture américain (US Department of Agriculture) a dans les années 80, réalisé une carte des zones de rusticités de l'Amérique du nord. Cette méthode appelée aussi USDA correspond en fait à comptabiliser les
"moyennes annuelles des températures minimales absolues enregistrées entre 1974 et 1986" pour un territoire donné. Ces moyennes sont découpées en tranche de température : zone de rusticité. Idem aussi pour le Canada, mais la définition des zones diffère légèrement de celle des Etats-Unis Après avoir contacté le ministère de l'agriculture et de la pêche français, l'INRA ainsi que Météo France, il semblerait qu'il n'y ait pas d'équivalent français de "carte de zones de rusticité" ! On trouve toutefois de telles cartes européennes : mais sur quelles règles ont elles été établies, là est la question ?! |
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Même si cette méthode donne une bonne indication pour choisir des palmiers pour son jardin, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une
moyenne de températures : cela implique que lors d'hivers exceptionnels les températures absolues peuvent être beaucoup plus douces où à l'inverse
les gels peuvent être plus intenses. Prenons l'exemple de Toulouse, située en "zone 8" (tranche -7°C à -12°C) et considérons que l'on souhaite
acclimater dans son jardin un Trithrinax campestris [RT : -11°C ~ -13°C] ainsi qu'un Butia capitata [RT : -14°C ~ -16°C] déjà adultes et sains.
Bien que les rusticités théoriques de ces deux espèces soient dans la zone ou supérieure à la zone de rusticité de Toulouse, elles n'auraient pu résister aux hivers de 1956 et de 1985,
où il a fait respectivement -19,2°C et -18,6°C (enregistrées à Toulouse-Blagnac). Certes, par des techniques de camouflage voire de chauffage il est possible lors d'hivers exceptionnels de
protéger avec succès ces espèces et d'autres. Ceci étant pour dire, qu'il ne faut pas associer directement la zone de rusticité (ZR) à la rusticité théorique (RT) des palmiers sans y ajouter d'autres paramètres.
L'inconvénient de la méthode USDA est que les données climatologiques ne sont aucunement prises en compte : humidité des hivers, durée du gel, brusque variation de température, vents, précipitations, etc ... En plus des climats de la région il faut connaître aussi ses micro-climats et ceux de son propre jardin : circulation des courants d'air, orientation et intensité du vent, précipitations plus ou moins importante dans telles zones et telles autres, parcelles abritées par d'autres végétaux ou par autre chose (mur, muret, colline, ...) ; Exposition, intensité et réflexion des rayons du soleil, temps d'ensoleillement, etc, etc ... Il est donc vivement conseillé de débuter avec les espèces les plus rustiques et, après un peu d'expérience, descendre vers des espèces ayant une "RT" proche de votre "ZR" voire au-dessous de celle-ci (selon vos moyens de protection). |
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Conclusion
Même si la page semble conséquente, il s'agit vraiment d'une "synthèse light" sur les palmiers. Il y a matière à écrire encore des pages et des pages, à approfondir, à définir toutes les particularités de chaque espèce ou de chaque genre (certaines ne sont pas encore connues). Le dossier germination pourrait faire l'objet d'un livre à lui seul ! La plupart des dossiers entrevus ici sont soit détaillés sur ce site, soit déjà bien développés sur d'autres sites référencés. Seules quelques informations techniques, botaniques et pratiques apparaissent sur cette page : il est vrai que pour une introduction sur les palmiers, nous aurions pu faire plus élogieux, avec plus de style...
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